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Plantaexotica

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Introduction au genre Tillandsia

et à sa culture

– Pierre Bianchi – Photos Patrick Bouraine

 

Article suscité par un exposé de Pierre Kerrand au Xe Festival international des Orchidées de Fontfroide en 2016. Notes regroupées après la visite commentée par Pierre Kerrand et Da- niel Thomin des serres de Tillandsia PROD pendant l’assemblée générale de la Société fran- çaise d’acclimatation en septembre 2017.

Le catalogue-guide de la pépinière a également été utilisé.

 

Tillandsia, un genre très spécialisé.

 

Ces plantes appartenant à la fa- mille des Broméliacées (comme les ananas), ont évolué jusqu’à l’ultime étape des plantes épiphy- tes : pousser en l’air sur des sup- ports inertes et donc se passer complètement d’un substrat et vi- vre de pas grand-chose, d’où leur nom de filles de l’air et leur ap- titude à s’adapter à des supports inhabituels comme des fils élec- triques. Elles restent des plantes qui doivent se fixer et absorber des éléments chimiques simples dissouts dans de l’eau pour photo-synthétiser leurs propres constituants, mais elles le font de façon originale. Leurs feuilles or- ganisées en rosette ont à la fois un rôle d’absorption de l’eau et des éléments chimiques simples qui s’y trouvent en faible quantité, et celui habituel de photosynthè- se. A la base de la plante, des crampons fixent le Tillandsia sur son support mais n’ont, en géné- ral, aucun rôle d’absorption. Les plantes vivent dans les régions tropicales et subtropicales du continent américain depuis le sud des  Etats-Unis  jusqu’à l’Argenti-

ne et au Chili en passant par le Mexique et l’Amérique centrale, à des altitudes variables. Comme souvent, les plantes potentiellement acclimatables dans nos régions tempérées proviennent soit du nord de l’aire de répartition ou de l’extrême sud dans l’hémisphère sud (Argentine), soit de haute altitude.

 

 

 

Développement d’un Tillandsia.

 

  • – Depuis une

 

C’est un investissement en temps et en soins que de semer des Tillandsia puisque 6 à 15 ans sont nécessaires pour obtenir une jeune plante apte à fleurir et commercialisable. Les jeunes plants sont sensibles aux variations de leur environnement et ne doivent pas sécher trop longtemps. Mais une fois les étapes de pouponnière passées, l’intérêt pour l’amateur est que les plantes issues de semis sont plus adaptables notamment au froid et aux excès d’eau, donc plus facilement acclimatables. Les plantes en fleur sont pollinisées à midi, après avoir été tenues au sec quelques jours, avec un poil fin et rigide (comme un poil de brosse à dents) en passant de fleur en fleur si possible de plantes différentes d’une même espèce ou non, si on désire créer un hybride.

Les graines obtenues, sont adhérentes et contenues dans de petites capsules de couleur marron à maturité ; dans la nature, elles sont dispersées par le vent grâce à de fins filaments faisant office d’aéronef, puis adhèrent à un support où elles vont germer si les conditions sont favorables. En culture, après une mise en germination dans un récipient d’eau froide maintenu à la lumière, les graines sont placées sur des grillages, et régulièrement bru- misées ; elles donneront en quelques semaines de minuscules plantules, qui resteront 2 ans sur ce support.

 

Les semis permettent d’obtenir des populations génétiquement variées et d’essayer de créer de nouveaux hybrides.

Graines de Tillandsia paucifolia plongées dans l’eau ; semis de quelques mois pour Tillandsia jucunda.

 

  • – A partir d’un fragment de Tillandsia : multiplication végétative et

 

Peut être pratiquée pour tous les Tillandsia, c’est le seul moyen utilisable pour multiplier à l’identique les hybrides et variétés.

 

 

 

La séparation des jeunes pousses de la plante-mère se pratique en général en période de croissance, les coupes sont ensuite saupoudrées de poudre de cannelle pour favoriser la ci- catrisation ; la plante-mère est alors capable de reformer des nouvelles pousses. Les rejets séparés deviennent adultes en 2 à 8 ans.

 

Pseudo-viviparité.

Certains Tillandsia forment de jeunes plantes sur leurs inflorescences ; elles peuvent être utilisées pour multiplier la plante de façon végétative. Exemple : T. intermedia, T. secunda.

Pseudo-viviparité sur le pédoncule d’un Tillandsia.

 

Les besoins essentiels des Tillandsias et leurs conséquences pour leur culture.

 

  • Les Tillandsia ont besoin d’être accrochés à un support pour la culture en extérieur.

 

C’est la première chose à faire. La plante peut être accrochée avec un fil de fer gainé de plastique ou non en entourant bien la base de la plante. Cette attache doit être vérifiée et éventuellement renforcée lorsque la plante devient volumineuse et que son poids et sa prise au vent augmentent. Eviter d’utiliser un fil de cuivre : car cet élément est toxique pour ces plantes. Le collage est également possible.

 

  • Arrosage

 

De l’eau certes, mais non calcaire et de façon intermittente.

 

Une structure essentielle des feuilles, les trichomes : des poils qui sont en forme d’écaille plus ou moins allongés, optimise l’absorption de l’eau. Lorsqu’il pleut ou qu’il y a de la rosée, ces poils captent l’eau et aident à son transfert vers l’intérieur de la plante.

 

Comme la plupart des plantes épiphytes, les Tillandsia doivent pouvoir sécher entre les pluies ou arrosages, il est fondamental d’en tenir compte pour leur culture. En climat très pluvieux, éviter la culture des Tillandsia velus ou poilus qui risquent de pourrir, mettre en hi- ver les plantes sous une avancée de toit ou les hiverner au sec.

 

Si l’eau utilisée pour asperger les plantes est très calcaire, cela risque à la fois de gêner le fonctionnement des trichomes, de perturber les échanges ioniques et de faire mourir les plantes.

 

L’eau idéale a un pH de 5 à 7. Si l’eau à disposition ne convient pas, on peut utiliser de l’eau de pluie fraichement récoltée (ne pas utiliser d’eau croupie) ou l’eau d’un bassin contenant des poissons. On arrose par aspersion les feuilles, ou même par trempage bref si les plantes ont un gros besoin d’eau, puis on laisse égoutter et sécher.

 

En culture, le trempage suivi de séchage des plantes prêtes à fleurir, leur donne de la vigueur.

 

 

 

Si l’eau du robinet est calcaire, trois solutions :

  • arroser avec de l’eau de pluie conservée en récipient fermé, à l’abri de la lumière ;
  • utiliser de l’eau minérale comme l’eau de Volvic ;
  • acidifier l’eau avec 5 à 10 gouttes de vinaigre blanc par litre d’eau selon sa dureté.

 

On peut de temps à autre enrichir l’eau avec un engrais. La solution utilisée doit être peu concentrée, les engrais solubles pour orchidées peuvent être pulvérisées en diluant 3 fois plus que pour les orchidées ; Tillandsia PROD utilise de l’acide nitrique très dilué et un en- grais soluble Soluplant (formule 12-30-10 ou 15-5-25) à la dose de 0,3 g / litre d’eau.

 

L’urée est toxique pour ces plantes, ne pas l’utiliser.

Tillandsia streptophylla, une espèce américaine myrmécophile (qui vit en association avec les fourmis).

 

La cadence des arrosages et fertilisations doit être adaptée aux besoins des plantes – environ un arrosage (si besoin) par mois en hiver, lorsque les températures sont supérieures à 10°C, jusqu’à 3 fois par semaine en été. L’été, les brumisations ou aspersions seront faites de préférence le matin ou le soir, surtout par temps très sec ; ne pas arroser en cas de vent fort car lorsque les conditions sont desséchantes les Tillandsia ferment leurs pores et ne peuvent utiliser l’eau. Les arrosages doivent s’adapter au type de plante pour respecter une période de séchage entre deux apports d’eau. Garder en mémoire en particulier que l’enroulement des feuilles vers la base de la plante traduit un besoin d’eau, que les feuilles des espèces pseudo-bulbeuses craignent l’excès d’eau et encore plus la stagnation de celle- ci dans leur rosette de feuilles, qu’en général les espèces très poilues sèchent vite en été, et restent humides plus longtemps l’hiver.

 

Les besoins en eau diminuent avec l’âge des plantes. Noter que l’intérieur des grosses touffes de Tillandsia sèche plus lentement que la périphérie de la touffe et bien laisser sécher les plantes entre deux arrosages pour éviter des pourritures au centre des colonies.

Il est recommandé d’observer régulièrement ses plantes en particulier :

 

 

 

  • après une période de vent sec et ne pas hésiter à les tremper quelques heures dans de l’eau (bassin avec poissons, si possible, comme indiqué précédemment) lorsque les plantes manifestent une soif intense. C’est le cas particulièrement avec les « cheveux d’ange » ( usneoides) ;
  • après un fort coup de vent à la recherche de plantes tombées avant qu’elles ne soient écrasées ou pourrissent au sol ;
  • après un gel pour affiner les notions de rusticité ;
  • pendant et après une période de canicule (hydratation, présence d’acariens).

 

Problèmes pouvant survenir en culture.

 

Certains problèmes phytosanitaires surviennent surtout sur les plantes cultivées sous abri.

  • acariens, lorsque l’air est chaud et sec en été, des attaques d’acariens sont possibles. Traitement à l’aide de poudre de diatomées ;
  • cochenilles, aspersion d’eau ou acétamipride.

 

Au jardin en climat tempéré. La plupart des espèces préfèrent la mi-ombre et l’abri par rap- port aux vents desséchants, l’eau est apportée par les pluies et/ou des arrosages intermit- tents. Asperger une à 3 fois par semaine en été. Mettre à l’abri du froid et des pluies ex- cessives en novembre et décembre selon le climat et la frilosité des espèces cultivées. Prévoir un bon amarrage, éventuellement en collant la base des plantes, à un support facile à déplacer pour l’hivernage. En dehors des expérimentations, ne laisser à l’extérieur que des plantes bien identifiées pour leur rusticité par rapport à sa zone climatique. Comme souvent, les plus beaux Tillandsia sont tropicaux et ne supportent pas le gel.

 

Le rougissement des feuilles centrales se produit avant l’émission d’une fleur pour certaines espèces (comme T. ionantha), il indique que la plante a suffisamment de soleil pour fleurir, mais peut aussi signaler qu’une plante a eu un excès d’humidité et est en train de mourir. Dans ce cas, détacher ses rejets, saupoudrer les coupes de cannelle, ce qui peut non seu- lement les sauver mais également sauver la plante-mère.

 

Des espèces et cultivars pour nos jardins.

 

Leur sélection est basée sur la résistance des plantes au gel et à leur facilité de culture. Quelques règles générales :

  • se rappeler que les Tillandsia rustiques peuvent provenir de zone d’altitude et ont parfois besoin d’une période de repos au froid hivernal pour fleurir au printemps (un hivernage en appartement ne leur permet pas de fleurir). Eviter une fréquence d’arrosage trop importante des vieux sujets pour permettre au centre de la touffe de sécher (cas des très grosses bou- les de bergeri et de T. usneoides par exemple) ;
  • se rappeler que les plantes poilues sèchent vite en été mais lentement en hiver (en tenir compte pour l’arrosage) ;
  • se rappeler que les plantes à feuillage large sont en général arrosées par la pluie, et celles à feuillage fin se contentent plutôt d’un air humide ;
  • placer des Tillandsia au jardin est un acte d’acclimatation, il faut donc tenir compte des besoins des plantes et sauf exception éviter le soleil brulant. En effet, même pour les plantes qu’il est recommandé de cultiver au soleil, il vaut mieux que cette exposition soit au soleil matinal, sans dépasser 8 heures de soleil par jour. La plupart de ces Tillandsia ont un feuil- lage gris sauf de rares espèces comme achyrostachys.

 

En ce qui concerne la résistance au gel, les données ci-dessous sont empiriques et régulièrement actualisées après les hivers froids. Les pépiniéristes invitent les amateurs à leur transmettre les constats qui différeraient des leurs pour des espèces parfaitement identifiées.

 

 

 

Quelques espèces de Tillandsia acclimatables au jardin de zone 10 / 9 / (8b) :

 

En fin de description, résistance maximale au gel par temps sec constatée par les produc- teurs grâce à leurs observations et celles d’acclimateurs.

  • aeranthos, feuillage en général vert de taille variable selon les variétés. Les formes aux fleurs bleu foncé et bractées roses sont superbes et représentent sans-doute le meilleur compromis de belle floraison et d’une rusticité éprouvée pour la zone 9 (jusqu’à – 7 °C) ;
  • albertiana, forme une petite touffe, craint les excès d’eau, fleurs rouges en été et automne (- 8 °C) ;
  • arhiza, forme grande: peu ou pas de crampons, plante de grande taille, exposition enso- leillée, grande tige florale et fleurs violettes parfumées (zone 9b, – 4 °C) ;
  • bandensis, petite plante formant une petite touffe, très florifère avec petites fleurs très parfumées en été, résiste au froid jusque (vers – 8 à – 10 °C) ;

 

Tillandsia albertiana en avril.                                            Tillandsia ixioides en mai.

 

  • bergeri, espèce d’altitude la plus répandue dans les jardins grâce à sa culture facile et sa croissance assez rapide, sa bonne résistance au froid jusqu’à – 10 °C voire – 15 °C si le froid est sec, la floraison bleu pâle est discrète. Il existe un hybride dit T. bergeri ‘Hybride Géant’ (- 5 °C) dont l’intérêt est l’exubérance de son feuillage ample et son développement rapide, ses fleurs avortent ;
  • gilliesii, culture facile, fleurs jaunes au printemps (- 8 °C) ;
  • ixioides, longues feuilles jusqu’à 20 cm, la colonie forme une boule, culture facile car tolère les excès d’eau, le soleil, la sécheresse, idéal pour débutant, fleurs jaunes, (très bon candidat pour zone 9, – 7 °C) ;
  • jucunda, adaptable, forme vite une touffe, fleurs jaunes pâle, (- 8 °C) ;
  • myosura, petite touffe de feuilles succulentes formant une touffe aérée, culture facile, petites fleurs jaunes au printemps, (- 8 °C) ;
  • polystachia, petite plante à croissance lente en touffe, culture facile, fleurs jaunes discrètes (- 8 °C) ;
  • recurvifolia var. subsecundifolia, culture facile, résiste à la sécheresse et à un froid modéré (- 6 °C) ;
  • roseoscapa, superbe plante caulescente à croissance lente, grande rosette de feuilles, puis longue tige florale (zone 9b, – 4 °C) ;
  • tenuifolia, forme verte géante, plante caulescente, peu ramifiée, aux feuilles courtes et vertes, bractées roses, fleurs blanches (zone 9b, – 8 °C) ;
  • xiphioides, feuilles épaisses, gris-vert, culture facile, fleurs blanches grandes pour un

Tillandsia et très parfumées (- 12 °C).

 

 

 

Plantes prometteuses pour la zone 10 :

 

  • diaguitensis, belle plante caulescente, culture aisée mais gélive. Cette plante est suppo- sée assez rustique, a tenu en extérieur à – 8 °C en Bretagne (2018) et sans protection ;
  • erici, feuillage pourpre, grandes fleurs orange vif, résisterait jusqu’à – 8 °C, mais ne sera disponible que dans 2 ans environ ;
  • ionantha, petite rosette de petites feuilles rougissant à la floraison, toutes les variétés ne résistent pas au gel, donc pour microclimat de zone 10 très abritée ;
  • vernicosa, rosette de feuilles coriaces poussant lentement, belles fleurs blanches à bractées rouges (- 2 °C).

 

Plantes à abriter en véranda l’hiver :

 

Parmi les très nombreuses espèces, nos spécialistes nous recommandent, outre les espèces de zone 10, certains Tillandsia pseudo-bulbeux qui ont une certaine résistance au froid mais supportent très mal la stagnation d’eau. Ces plantes très décoratives seront mieux cultivées sous abri en plaçant la rosette obliquement vers le bas. C’est le cas de T. bulbosa. Les hybrides pseudo-bulbeux sont en général plus résistants à l’excès d’eau :

  • fuchsii f. gracilis, très belles feuilles fines, sa culture est difficile car craint aussi bien les à-coups de sécheresse que les excès d’humidité ou le gel. Pourtant rustique en extérieur à Barcelone (résiste à – 2 °C maximum) ;
  • harrisii, très belle rosette de feuilles gris-bleu pruineuses, larges et souples, aspect très

exotique, culture rapide et facile en conditions hors-gel, belles fleurs. Plante protégée par la convention de Washing- ton comme T. kammii ;

 

 

 

 

Chez Tillandsia PROD, on compte des dizaines d’espèces, des milliers de plantes, largement de quoi ravir le visiteur, sur rendez-vous.

 

 

 

  • hondurensis ressemble beaucoup au précédent et semble disponible à la vente ;
  • straminea, grandes feuilles vertes, souples et duveteuses, longue floraison belle et par- fumée, mauve, aime le soleil et craint le froid et l’excès d’eau.

 

Bibliographie

 

Livres :

Lévêque Daniel et Cuzenic Stephan, Tillandsias et autres Broméliacées : Comment les choisir et les cultiver facilement, Ulmer, 2005.

 

Tillandsia PROD, Guide de culture, 4e édition octobre 2017. www.tillandsia-prod.com/img/catalogue.pdf

 

Sites Internet :

Tropic Flore : www.tropicflore.com Tropi’Qualité : www.tropi-qualite.fr